Calais - mars 2013

Voyage à Calais, mars 2013

 

Le programme de cette journée était particulièrement riche et varié. L’intérêt et la beauté des collections qui nous ont été présentées ont certainement comblé les attentes des 55 amis du musée qui ont participé à notre sortie.

Il n’a manqué qu’un peu de douceur printanière… 

Nous sortons de la cité de la dentelle sous la neige
Nous sortons de la cité de la dentelle sous la neige

La matinée fut consacrée à la Cité internationale de la dentelle et de la mode.

      Située dans le quartier Saint-Pierre, autrefois bourg indépendant de Calais,
la Cité a été conçue autour d’une  “usine collective” construite vers 1870 spécialement pour abriter des ateliers de dentelle mécanique. Un atelier était encore en activité jusqu‘en 2000 peu avant l’inauguration du site en 2009.

     Un groupe commence par la visite des collections permanentes. Elles sont présentées sur 2500 m² dans une muséographie qui met en valeur l’ancienne architecture de bois et de métal : cloisons, planchers et colonnes de fonte jouaient un rôle important pour absorber les vibrations des métiers « Leavers » pesant plusieurs tonnes chacun.

 

       Un premier espace est dédié à  l’histoire de la dentelle à la main depuis le XVIe siècle, avec de beaux exemples de diverses origines. Mais aucun  de Calais ! En effet la dentelle de Calais n’apparaît que vers 1840, et il s’agit exclusivement de dentelle mécanique.

Présentation d’un volant de dentelle au fuseau.   Flandres  XVIIe. La transparence des vitrines laisse voir le plancher de l’atelier

 


La section « aventure industrielle de la dentelle à Calais » explique comment et pourquoi, au XIXe siècle, Calais devint une ville dentelière.

 

Vers 1820, les premiers métiers à tisser du tulle uni arrivent en contrebande d’Angleterre.

 

Peu après, l’introduction des métiers Leavers, qui produisent une toile plus fine encore, et l’adaptation à ceux-ci du procédé jacquard va permettre d’imiter mécaniquement, de façon presque parfaite, la dentelle à la main. Le premier brevet de machine à dentelle mécanique date de 1834.

 

Ci-contre, collection des cartons troués nécessaires pour guider la fabrication mécanique des motifs de dentelle.

Ci-dessus, le tulliste et son métier Leavers. Un homme seul peut s’occuper de 2 machines pour une fabrication simple comme ici.
Ci-dessus, le tulliste et son métier Leavers. Un homme seul peut s’occuper de 2 machines pour une fabrication simple comme ici.

 

 

Enfin, vers 1850, l’installation des machines à vapeur favorise l’accroissement extraordinaire de la productivité.

 

Dans l’atelier, nous avons assisté à une démonstration de la rapidité et de la fiabilité de ces bruyantes machines, les mêmes qu’au XIXe. Le « tulliste » nous a précisé que sa machine pouvait réaliser environ 1,20m de dentelle en fil naturel (coton, lin) ou 2 m de dentelle synthétique par heure sur 3m de largeur, alors qu’à la main il faut compter 1 cm² à l’heure. Aujourd’hui beaucoup de fibres élastiques sont utilisées, surtout à Calais qui travaille à 80% pour la lingerie.

 

Sur ce type de machine, le montage de la chaine et des bobines contenant les fils de trame exige le travail de deux ourdisseurs à temps plein pendant deux mois !

Châle traditionnel en dentelle mécanique
Châle traditionnel en dentelle mécanique

     Une soixantaine de métiers est requise pour toutes les étapes de la dentelle de Calais. Esquisseurs et dessinateurs de modèle, perceurs de cartons et assembleurs, « wheeleuses », « dégraphiteurs », rebrodeuses … Ils sont évoqués par la reconstitution de leurs différents postes de travail.

       Une galerie de mode retrace l’évolution de la silhouette féminine du début du XXe siècle à aujourd’hui.

Un dernier espace montre à travers des créations contemporaines l’évolution des matériaux et des usages de la dentelle ainsi que sa vitalité.

Courgain, coiffe traditionnelle calaisienne
Courgain, coiffe traditionnelle calaisienne

          En alternance avec l’autre groupe nous avons également visité l’exposition temporaire

Plein les yeux ! Le spectacle de la mode

qui révèle le rôle du costume d’apparat depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours.  

 

    Le poids et la raideur des étoffes surchargées d’ornements façonnent les attitudes et désignent la place de chacun, rendue évidente par l’ampleur des robes et autres attributs.

    Les « grands » de ce monde se tiennent droits, quand le peuple « courbe l’échine »…

 

Les costumes anciens authentiques sont très rares, car ils étaient en général portés par les maîtres, puis par leurs domestiques, jusqu’à usure quasi-totale.

Dans cette exposition, les costumes présentés sont donc, en grande partie, des reconstitutions, voire des interprétations, dues aux créateurs et costumiers qui travaillent pour le théâtre et le cinéma

Après le repas dans le très agréable cadre de « La Diligence », nous nous sommes intéressés au premier grand chef d’œuvre de Rodin :

« Les Bourgeois de Calais »

Notre guide, nous emmène devant l’hôtel de ville pour admirer l’œuvre in situ. Il nous explique au passage qu’elle a déménagé plusieurs fois avant de trouver sa place.

En 1885, les édiles calaisiens décident de matérialiser par l’érection d’un monument la réunion de Calais et du bourg de Saint-Pierre-les-Calais. Celui-ci avait grandi et prospéré de façon spectaculaire grâce justement à l’industrie de la dentelle.

 

 Le sujet choisi est un épisode « héroïque » de la guerre de Cent Ans : le sacrifice de six bourgeois de Calais qui se seraient offerts en victimes expiatoires pour que le roi d’Angleterre épargne la ville vaincue en 1348.

Rodin, contacté, s’intéresse beaucoup à cette histoire et présente rapidement un projet dont nous découvrons la maquette au Musée des Beaux-Arts de Calais. Il faudra pourtant patienter dix ans avant que l’artiste ne livre le célèbre groupe.

La visite de l’espace

« Rodin, de Paris à Calais » est d’autant plus intéressante que la ville expose en ce moment un dépôt exceptionnel du Musée Rodin.

 

La présentation des maquettes et des études anatomiques permet de bien comprendre l’évolution des projets du sculpteur et l’énorme travail de modelage que cela a représenté pour lui et ses collaborateurs.

 

Pour aboutir au modèle définitif, Rodin sculpta chacun des corps nus d’après nature, en différentes tailles et postures, avant de les vêtir de la « chemise d’exécution » trempée dans du plâtre de façon à draper leur corps de manière parfaitement réaliste.

 

Le résultat est admirable et universellement admiré puisque 11 autres tirages (nombre autorisé à partir du moule) sont présents dans des villes telles que Copenhague, Washington, New York… la dernière est exposée à Séoul depuis 2000.

Il nous restait à faire la visite de Calais en car pour en découvrir les différents quartiers. Malgré le peu de monuments encore visibles, quelques points de repères marquent tout de même les grandes étapes de l’histoire. Le guide de l’Office de tourisme a su nous intéresser à l’histoire de cette ville à priori peu avenante sous le ciel plombé de ce jour-là !

 

Calais apparaît pour la première fois dans les textes au XIe siècle comme une bourgade de pêcheurs (alors « Kaléis »), dépendance de l’abbaye de St-Omer. Toute la partie médiévale, proche du port, a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale à l’exception de la tour du guet (c. 1229) qui a résisté à tout ! L’église Notre-Dame (XVe - XVIe s)

Pendant la Guerre de Cent ans, Calais fut assiégée et vaincue par les Anglais.

L’occupation anglaise dura de 1347 à 1558. L’église Notre-Dame date de cette époque (XIIIe - XVIe s). C’est le seul édifice en France de style « Marie Tudor » (une variante du gothique). Fermée au public car presque totalement en ruine, elle doit à l’intervention de Mme de Gaulle d’être malgré tout encore debout car c’est là que le futur général épousa Yvonne Vendroux en 1920.

 

Autre vestige de l’époque anglaise, le fort Risban, sur la côte, remonte au siège de Calais par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans, mais il a été modifié chaque siècle. La nouvelle enceinte et deux bastions ont été ajoutés en 1604.

 

Des nombreux autres forts de cette place stratégique,  il reste aussi le fort Nieulay, le seul « fort-écluse » construit par Vauban (1677) sur l’emplacement du château fort du Comte de Boulogne.

Le quartier Saint-Pierre a moins souffert de destruction que Calais-nord et conserve certaines rues agréables avec des maisons du XIXe s.

 

    En 1911 fut posée la première pierre de l’hôtel de ville du nouveau Calais sur le terrain vague entre « Calais-nord » et Saint-Pierre-les-Calais. Depuis la fusion des deux communes en 1885, l’épineuse question de l’emplacement idoine n’avait pas encore  été résolue…        Le beffroi est inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 2005. Haut de 75 m, il est spectaculaire avec son style « néo-flamand » et ses briques d’un rouge vibrant !

 


Exposition Plein les yeux à la Cité de la dentelle de Calais

Plein les yeux ! Une exposition hors norme.

Jusqu'au 28 avril, la cité internationale de la dentelle et de la mode présente l?exposition « Plein les yeux ! Le spectacle de la Mode ». Une présentation de parures extraordinaires que portaient les élites bourgeoises, tels que les fraises, les paniers ou encore crinolines, qui promet, de vous en mettre plein les yeux !

Écrire commentaire

Commentaires : 0