Boulogne - 5avril 2014

Voyage à Boulogne-sur-Mer *** 5 avril 2014

         Dans le prolongement de l’exposition «Les antiques du Musée Boucher-de-Perthes», nous souhaitions aller découvrir la deuxième collection française de céramiques grecques et italiotes du Château-Musée de Boulogne-sur-Mer.  La réouverture  du musée après rénovation était l’occasion que nous attendions.


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Voyage à Boulogne compte rendu 08 05 201
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Matinée, visite du château- musée

 

           Nous sommes arrivés à 10h sous un ciel qui commençait à se dégager et qui resta bleu une grande partie de la journée. Comme d’habitude nous nous sommes répartis en 2 groupes pour un bon confort de visite. Chaque groupe a suivi le même programme : découverte de l’histoire et de l’architecture du monument, puis visite guidée des collections dans la nouvelle présentation réalisée pour le vingt-cinquième anniversaire de l’installation du musée dans le château comtal.

          Cette imposante forteresse polygonale date du XIIIème siècle mais elle est bâtie, comme l’ensemble des fortifications de la “haute ville”, sur les fondations d’un camp romain du IVe siècle.

        Dès le Ie siècle avant notre ère, Jules César avait installé ses troupes dans la région pour conquérir la « Bretagne » (l’actuelle Angleterre). La haute ville a été fortifiée au IIe siècle, son plan n’a pas changé depuis.

       En 1231 le comte de Boulogne, Philippe Hurepel, fils de Philippe Auguste, restaure les fortifications et construit à l’un des angles l’actuel château de plan polygonal. C’est la première forteresse médiévale sans donjon. Elle était flanquée de 9 tours, dont 5 invisibles aujourd’hui car elles furent englobées dans une épaisse maçonnerie au XVIe siècle pour mieux résister aux progrès de l’artillerie.

     En effet, suite aux aléas de l’histoire, les bâtiments furent souvent remaniés. Sur la photo en haut à droite nous distinguons la tour arrière probablement telle qu’à l'origine avec son toit en poivrière, alors que les deux tours défendant l’entrée ont été remaniées : percement de fenêtres et toits d'ardoise.

     Dans la cour, seule la façade de la grande salle comtale a gardé son aspect initial, les autres bâtiments ont été rehaussés et leurs murs percés de fenêtres, en particulier au XVIIIe quand le château fut transformé en caserne. Le pont dormant à 4 arches date de cette époque, il remplace l’ancien pont basculant en bois.

     En pénétrant dans les caves qui abritent la collection lapidaire gallo-romaine, nous découvrons le mur du IVe siècle, constitué en partie de pierres récupérées sur les bâtiments du IIe siècle en ruine. Même le « blocage » qui constitue l’épaisseur du mur est truffé de très belles pierres sculptées.

     Les inscriptions et les personnages figurés sur ces vestiges de bâtiments détruits en apprennent beaucoup aux archéologues sur les origines et les mœurs des habitants de la ville dans ces premiers siècles. Ils complètent les épitaphes des stèles découvertes dans le cimetière à l’extérieur de la muraille. C'est ainsi que nous savons par exemple que certains légionnaires provenaient de Syrie, de Thrace, d’Egypte… Des dieux orientaux comme Isis étaient honorés.

 

      Parmi les sculptures présentées dans la galerie se trouve une nymphe avec « urne fluente » d’une grande qualité d’exécution (malheureusement sans tête). Retrouvée près du port, elle symbolisait probablement la Liane, fleuve qui se jette dans la Manche en cet endroit.

      Notre guide signale aussi un masque très abimé qui laisse penser qu’il y avait un théâtre à « Bononia’’ (nom romain de la ville haute) ou Gesoriacum (ville basse).

      Nous accédons au premier étage dans la section « Archéologie méditerranéenne » comportant une intéressante collection égyptienne, dont le très beau sarcophage intermédiaire de Nehemsimontou daté du VIème siècle avant JC.

      C’est devant ces objets que le grand égyptologue boulonnais Auguste Mariette aurait découvert sa passion pour l’Egypte antique. Elle fut confortée grâce aux documents de son cousin, dessinateur dans l’expédition de Champollion. Mariette quitte son métier d’instituteur pour se faire embaucher au Louvre et obtenir une mission pour l’Egypte en 1850. Sa vie est un roman d’aventures aux étonnantes péripéties. Il a, entre autres belles réussites, mis à jour le sérapéum de Saqqarah, fondé l’actuel musée du Caire, créé le premier service au monde de protection du patrimoine pour préserver les trésors égyptiens de la convoitise ou de la destruction et même écrit le livret de l'opéra de Verdi « Aïda ». Grâce à lui, à des dons de particuliers, et à un important dépôt du musée du Louvre, la collection égyptienne s’est peu à peu enrichie de nombreux objets ayant trait aux rites funéraires.

 

 

       Notre guide nous présente ensuite la fameuse collection de céramiques grecques et italiotes constituée d’environ 550 vases, ce qui en fait la seconde collection nationale de céramiques grecques après celle du Louvre (25 000 pièces). Cet ensemble acquis en 1861 par les administrateurs du musée, provient pour l'essentiel du site de Vulci et a été rassemblé par Ch.L.F. Panckouke (libraire et éditeur 1780-1844).

      La plupart des beaux vases exposés sont des amphores de récompense panathénaïque qui, une fois remplies d’huile d’olive ou autre précieux liquide, étaient offertes aux gagnants des jeux dits « Panathénées ». Elles figurent souvent des scènes mythologiques vantant les exploits d’Hercule, parangon des athlètes, mais la plus réputée est celle représentant le « Suicide d'Ajax » attribuée au peintre Exékias (VIe s. av. J-C).

     L’objet qui marque l’entrée des salles suivantes dédiées à la section « Ethnographie extra-européenne » est une maquette de l’Astrolabe, le navire commandé par Jules Dumont d’Urville (1790-1842), explorateur de l’Océan arctique et découvreur de la Terre Adélie. Au cours de ses expéditions il collecta de très nombreuses « curiosités » comme le modèle de pirogue de guerre maori présenté plus loin.

     Pirogue maori, kayak inuit, céramiques funéraires d’Amérique précolombienne, instruments de musique, statuettes de dieux ou d’ancêtres océaniens et africains… Une incroyable diversité d’objets du monde entier se côtoient dans une présentation aérée et élégante.

     Cet éclectisme s’explique en partie par l’origine du musée : le cabinet de curiosités de son premier donateur, Alexandre de Barde (1777-1829), peintre originaire de Montreuil près de Boulogne. Il est dû également à la tradition maritime de la ville : de nombreux Boulonnais partis sillonner les océans du monde ont offert au musée, à leur retour, une partie des objets collectés. Enfin, des savants d’origine boulonnaise, tel Auguste Mariette cité plus haut ou Ernest Hamy, fondateur du Musée du Trocadéro à Paris (« Muséum ethnographique des missions scientifiques », ancêtre du Musée de l’Homme), ont favorisé les donations au musée de leur ville natale.

 

 

      Alphonse Pinart (1852-1911) est l’un de ces explorateurs passionnés. Originaire de Marquise, un petit village proche de Boulogne, Pinart a 19 ans lorsqu'il s’embarque pour les îles aléoutiennes. A son retour en 1872, il offre au Château Musée une collection d’objets d’Alaska, en particulier d’étonnants masques funéraires en bois flotté et un ensemble tout à fait unique de 65 masques sugpiat* de l’archipel de Kodiak.

Pour voir les 65 masques de la collection, cliquer sur les masques.

     Le jeune aventurier s'installe six mois parmi les Sugpiat, étudie leur langue et leurs mythes... Sans doute l’un des derniers témoins de leurs rituels, Alphonse Pinart décrit les cérémonies pratiquées au cours des festivals d'hiver pour lesquels étaient fabriqués les masques qu'il collecte, il en transcrit les chants et les danses.

 

(*sugpiat pluriel de sugpiaq.)

       Le souvenir des cérémonies rituelles s’est ensuite perdu dans la mémoire des populations de Kodiak, seuls les anciens en connaissaient encore quelques bribes… Les témoignages rarissimes conservés au musée de Boulogne, partenaire depuis 2006 du musée de Kodiak, ont permis aux Sugpiat de retrouver leur culture. Témoin de ce partenariat et de l’impact de la collection boulonnaise sur les artistes d’Alaska actuels, le musée présente quelques masques sugpiat contemporains.

(Sur ce peuple, voir l’article Alutiik sur Wikipédia)

 

      Faute de temps, notre groupe ne visite malheureusement pas le département des Beaux-Arts. Il nous faudra revenir pour admirer la Vierge à l’Enfant du maître de San Miniato, les Courbet, Corot, Boudin, Sisley, Rodin, Carpeaux, Gallé… ou encore les œuvres des artistes locaux décrivant la vie et les traditions pittoresques du Pas-de-Calais d’antan.

    L’ensemble de tableaux de l’artiste abstrait d’origine boulonnaise, Georges Mathieu mérite aussi une visite.

 

Après le repas les Amis se séparent à nouveau pour visiter les principaux monuments de la ville fortifiée.

Après-midi, visite de la ville

 

     La Basilique Notre-Dame, avec son dôme qui culmine à presque 100m, environ 200 m au-dessus du niveau de la mer, est visible de très loin.

      On y honore le souvenir d’une Vierge miraculeuse. La légende décrit son arrivée au port, auréolée d'une extraordinaire lumière, dans un mystérieux bateau, sans rames, sans voiles et sans matelots. C’était un jour de l'année 633, sous le règne de Dagobert et l'épiscopat de Saint-Omer. Les spectateurs accourus sur le rivage la transportèrent dans une chapelle de la "haute ville".

Photo prise en novembre 2013
Photo prise en novembre 2013

     Plusieurs églises se sont succédé sur cet emplacement avant l’actuel monument qui date du XIXe s.

     Les plans, inspirés de l'architecture religieuse classique (en particulier de la cathédrale St-Paul de Londres), sont de l'abbé Benoît-Agathon Haffreingue. Cet architecte amateur voyait grand car il voulait que Boulogne redevienne siège épiscopal et lieu de pèlerinage comme avant la Révolution.

      La basilique a la particularité d’être composée de deux parties juxtaposées selon une formule dont Saint-Louis des Invalides est un des rares autres exemples. Les travaux récents de restauration du dôme ont permis de bien mettre en valeur ce plan original.


      Le dôme, en fait une église de plan centré entièrement dédiée à Notre-Dame, abrite le très étonnant et luxueux autel Torlonia couronné d'un tabernacle en forme d'arc de triomphe, provenant d’Italie. Ses panneaux de mosaïque sont d'une finesse d'exécution telle qu’on devine à peine les tesselles. Ils figurent d'un côté la Vierge nautonière et quatre docteurs de l'Église, de l'autre, le Christ et les évangélistes. L'œuvre, offerte à Notre-Dame par le prince Torlonia en 1866, est d’une richesse telle qu’on y a recensé 147 matériaux différents, souvent rares ou précieux.

 

      À signaler également un reliquaire en forme de main contenant une relique de la statue « miraculeuse ».

 

Pour tout savoir sur la basilique, lisez les plaquettes "Laissez-vous conter la basilique" et "Laissez-vous conter le mobilier…"

 

      En sortant de l’église sous le soleil et le ciel bleu nous découvrons que le porche du restaurant où nous avons déjeuné est celui d’une auberge accueillant les pèlerins au XVIe

      Plus loin dans la rue de Lille des ancrages indiquent que les façades des maisons en pierre locale, avec leurs encadrements de fenêtres typiques en pierre blanche, sont du XVIIIe.

     La promenade nous amène devant la façade de pierres et de briques de l’Hôtel de Ville édifié en 1734, agrandi au XIXe.

     Derrière se dresse le Beffroi, sa partie inférieure correspond à l’ancien donjon roman du premier château des comtes de Boulogne. En 1231, lorsque Philippe Hurepel achève le nouveau château, il cède le donjon à la commune. Celle-ci, qui avait obtenu sa charte en 1203, en fait son beffroi. En 1268, il est en partie détruit mais en 1734 un étage octogonal culminant à 35 mètres est bâti.

     Comme 22 autres beffrois du Nord, du Pas-de-Calais et de Picardie le beffroi de Boulogne est inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO depuis 2005.

 

     Plus loin, l'Hôtel Désandrouin (1777), appelé Palais Impérial en raison des séjours qu'y fit Napoléon 1er, présente une façade en pierre blanche néo-classique à deux niveaux couronnée par un fronton. Son architecte, Giraud Sannier (1721-1804), est l’auteur de nombreux monuments aujourd’hui classés ou inscrits à l’inventaire des monuments historiques, comme la chapelle du couvent des Annonciades que nous verrons plus loin et le château d’Arry dans la Somme.

 

      En descendant vers la porte des Dunes pour rejoindre le car, nous ne pouvons manquer le majestueux Palais de Justice sur son podium (1852). Sa façade, de style néoclassique, s’orne d’un fronton figurant la Loi, la Force et la Justice protégeant les Arts, les Sciences, le Commerce et l'Industrie. Les grandes niches du premier étage abritent les statues de Charlemagne et de Napoléon Ier.

En face, l'ancien Couvent des Annonciades  était au XIIIème siècle l'hostellerie des sœurs grises de Sainte Catherine. Elles accueillirent jusqu’au XVIIe les malades, les indigents, et les pèlerins qui se rendaient à Notre-Dame. Sur le même emplacement fut fondé le couvent des Annonciades en 1628. Pendant la période révolutionnaire, la communauté fut expulsée et le couvent fut transformé en hôpital et en magasin de munitions. Les Dames Annonciades reprirent possession des lieux au début du XIXè siècle puis quittèrent définitivement le couvent en 1904, lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. L'édifice, abandonné et sinistré pendant la Seconde Guerre mondiale, abrite depuis sa totale rénovation en 1974, les services de la bibliothèque municipale riche de 500.000 volumes, elle conserve notamment une précieuse collection de manuscrits et d’incunables.

 

 

    Nous allons en car jusqu’au pied de la Colonne de la Grande Armée, monument commémoratif à la gloire de Napoléon.

     Cette colonne en marbre du Boulonnais, haute d'une cinquantaine de mètres, est couronnée par la statue de Napoléon. Elle immortalise le camp où 180 000 hommes ont été rassemblés par l'empereur pour préparer l'invasion de l'Angleterre. La décision d'élever ce monument fut prise par les soldats au lendemain de la première remise de décorations de la Légion d'honneur, le 16 août 1804, sur un vaste terrain situé un peu plus bas.

 

     Nous nous arrêtons au Calvaire des marins situé sur une abrupte falaise face au port. La falaise est d’ailleurs tellement abrupte qu’un premier calvaire a disparu après un effondrement de terrain en 1995.

      L’architecture du nouveau sanctuaire évoque la coque d'un bateau. Il est dédié au souvenir des marins disparus en mer, la terrasse est décorée d'ex-voto offerts par les familles et les camarades des disparus.

 

      La dernière visite est consacrée au quartier industriel du port. C'était un samedi soir, tout était fermé au moment de notre visite mais la guide nous a expliqué que, même si l’activité diminue énormément, Boulogne-sur-Mer reste le 1er port de pêche français avec une flottille diversifiée de près de 150 bateaux.

 

      Plus de 70 espèces différentes de poissons sont débarquées et vendues à la Halle à Marée chaque jour. Boulogne-sur-Mer concentre toutes les activités de la filière des produits de la mer : de la capture à la transformation, de la commercialisation à la distribution, de la formation à la recherche et développement… C’est un centre leader européen des produits de la mer avec plus de 140 entreprises qui disposent d’une logistique d’approvisionnement et de distribution unique et une importante capacité d’entreposage frigorifique et de conditionnement de produits frais et surgelés.

Texte et photos JH


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Commentaires : 4
  • #1

    Catherine Ledieu (samedi, 10 mai 2014 22:01)

    Bravo c'est superbe

  • #2

    Marie-françoise Aufrère (samedi, 10 mai 2014 22:41)

    Merci pour ce passionnant compte-rendu. Je n'ai pas pu venir avec vous. Je le regrette. J'aurais imaginé Boucher de Perthes tout jeune (24 ans) au camp de Boulogne d'avril 1811 à août 1812 . Il tracassait quotidiennement les Anglais, il frimait, il se croyait alors "comme Achille invulnérable", comme toute cette jeunesse d'empire. Il y accompagnait l'empereur à cheval, et il l'admirait comme cavalier intrépide que personne n'arrivait à suivre, sauf lui bien sûr. Il a bien changé. 20 ans plus tard il sera un défenseur acharné de la paix universelle. Voir son ouvrage "Sous dix rois" tome II, pp. 360 à 511, il donne des détails sur nos relations avec les Anglais, ça se lit comme un roman. Et puis j'aurais bien aimé aussi papoter avec vous.

  • #3

    Nicole Petitpont (vendredi, 16 mai 2014 12:08)

    Merci pour ce superbe compte -rendu :i l donne envie d'y retourner en particulier au musée .

  • #4

    Vanneufville N (samedi, 24 mai 2014 18:59)

    Je n'étais pas de cette sortie, aussi j'ai pris un grand plaisir à découvrir ce compte rendu brillamment illustré. Je suis épatée par le fond et la forme de ce travail de restitution. Bravo à la conceptrice.