Œuvre du mois- mars 2016 -"La Fuite en Égypte"J-B HUET

Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leur troupeau. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt
Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leur troupeau. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt

 Paysans voyageant la nuit

avec leurs troupeaux.

une poésie nocturne d’après les maîtres

 

     Le dessin de Jean-Baptiste Huet  mis en lumière par l'accrochage du mois de mars 2016 a été analysé et commenté au musée par

Benjamin Couilleaux

conservateur du patrimoine au musée Cognacq-Jay, Paris, et commissaire de l'exposition Jean-Baptiste Huet, le plaisir de la nature (à voir du 6 Février au 5 Juin 2016).

     Le conférencier nous a présenté l'artiste, ses sources d'inspiration et ses thèmes privilégiés, en particulier son goût pour la pastorale, avant de faire l'étude du dessin.

 

Un livret d'accompagnement à la visite et un livret jeune public

sont mis à disposition pendant toute la durée de l'accrochage.


Les photos de la séance

Benjamin Couilleaux présente l'oeuvre de J. B. Huet / Photo JH
Benjamin Couilleaux présente l'oeuvre de J. B. Huet / Photo JH

       Le dessin de Huet est présenté tout le mois de mars 2016 dans l'alcôve sur le deuxième palier du musée. A côté de lui, nous pouvons voir une eau forte de l'artiste représentant la même scène inversée et quelques gravures d'artistes contemporains.

    40 à 50 passionnés d'histoire de l'art ont assisté à cette brillante conférence.

Mme Agathe Jagerschmidt remercie Benjamin Couilleaux / Photo JH
Mme Jagerschmidt remercie le conférencier du jour Benjamin Couilleaux / Photo JH
Vue partielle du public / Photo JH.
Vue partielle du public / Photo JH.


Jean-Baptiste Huet (Paris 1745 - Paris 1811),

ses sources d'inspiration et son goût pour la pastorale..

 Ci-dessous, une vidéo dans laquelle Benjamin Couilleaux présente  Jean-Baptiste Huet  et les œuvres rassemblées pour l'exposition Le plaisir de la nature  au Musée Cognac-Jay du 06 Février au 05 Juin 2016.


Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, vers 1769 / Photo Musée du Louvre
Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, vers 1769 / Photo Musée du Louvre
Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, vers 1769, détail / Musée du Louvre
Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, vers 1769, détail / Musée du Louvre
Jean-Baptiste Huet, Lionne et ses petits, 1801-1802 © Albertina Museum
Jean-Baptiste Huet, Lionne et ses petits, 1801-1802 © Albertina Museum
Jean-Baptiste Huet, Portrait de chien papillon, 1778, Musée Cognac-Jay, exposition "Le plaisir de la nature"
Jean-Baptiste Huet, Portrait de chien papillon, 1778, Musée Cognac-Jay, exposition "Le plaisir de la nature"
Projet de décor pour une toile de Jouy présenté au Musée Cognac-Jay / in vidéo paris_musée
Projet de décor pour une toile de Jouy présenté au Musée Cognac-Jay / in vidéo paris_musée

      Né dans une famille d’artistes du XVIIIe siècle, Jean-Baptiste Huet (1745-1811) se forme d'abord dans son milieu familial.

    Il poursuit son apprentissage de l'art animalier auprès des peintres Charles Dagomer (17..-1766) et Jean-Baptiste Leprince (1734-1781), élève de François Boucher. Il étudie aussi des œuvres de Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) et de François Desportes (1641-1743), célèbres peintres animaliers de la génération précédente. Son style est également influencé par sa connaissance des maîtres flamands et italiens du XVIIe siècle.

      C'est avec le tableau ci-contre Un dogue se jetant sur des oies qu'il se présente pour la première fois au Salon, manifestation officielle de l'Académie des Beaux-Arts, et est reçu académicien en 1769 comme peintre d'animaux.

        Dès ses débuts, la virtuosité de l'artiste est remarquable.  La scène dégage une impression de vie et de mouvement apportée par un vif éclairage, des couleurs chatoyantes, une gestuelle dynamique, des lignes sinueuses.  L'artiste rend avec brio les textures du pelage et des plumages. Il s'attache à faire ressortir les sentiments des protagonistes. Les expressions des animaux affrontés caractérisent bien l'agressivité du chien, la détermination des parents à protéger leur couvée, les manifestations de peur chez les oisons. La scène peut se lire comme une fable comportant une leçon destinée aux spectateurs.

        Dans le dessin ci-contre, une lionne avec ses lionceaux joueurs, observés en 1801 à la ménagerie du Jardin des Plantes, forment un tableau attachant. La mère, patiente et tendre avec ses petits, ne se départit pour autant pas de son air noble et d'une vigilance manifeste envers tout danger qui pourrait menacer sa portée.

     Jean-Baptiste Huet a l'ambition de porter la peinture animalière à l'égal d'un genre noble. Mais à l'époque seuls les sujets historiques, religieux ou mythologiques sont reconnus comme appartenant au "grand genre" et Huet n'a jamais obtenu cette qualification pour ses œuvres.

         Il s'en tient donc aux "scènes de genre", peintures, dessins ou gravures destinés à une clientèle de collectionneurs particuliers. Une de ses spécialités est le "portrait" de chiens, comme celui du chien papillon présenté au musée Cognac-Jay.

      A partir de 1780, Huet consacre une grande part de son activité à la création de compositions décoratives pour les tapisseries. De 1783 à 1811 il travaille pour la manufacture de Jouy. L'association de ses scènes pastorales ou inspirées de la littérature, d'allégories, d'animaux et de plantes,  avec des décors inspirés de l'antique ou du néoclassicisme tiennent une grande part dans le succès de cette entreprise.



Une section de l'exposition du musée Cognac-Jay , intitulée "Au bonheur des bergers, autour d’une vision idéalisée de la vie rustique"  montre le talent de Jean-Baptiste Huet à représenter les scènes de genre pastorales. Les amours des bergers animent des paysages aux accents poétiques. Fraîcheur et légèreté caractérisent ces scènes galantes.

       Le peintre prend plaisir aussi à rapporter des événements pittoresques de la vie rurale souvent observés d'un regard malicieux, telle "La rencontre des troupeaux" (voir ci-dessous) au milieu de laquelle fait obstacle un âne croulant sous une charge invraisemblable...


Le dessin d'Abbeville


Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt
Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt
J. B. Huet, planche gravée,  La Fuite en Égypte , Musée Boucher-de-Perthes
J. B. Huet, planche gravée, La Fuite en Égypte , Musée Boucher-de-Perthes

Nicolaes Berchem, Famille de paysans voyageant de nuit. Crayon et encre brune, lavis gris-brun, 1665 / Londres, British Museum
Nicolaes Berchem, Famille de paysans voyageant de nuit. Crayon et encre brune, lavis gris-brun, 1665 / Londres, British Museum

      La composition ci-dessus a été inspirée à Jean-Baptiste Huet par une œuvre d'un peintre anversois, Nicolaes Berchem, auteur de paysages "italianisants" peuplés de scènes pastorales.

        Cette "Famille de paysans voyageant de nuit", est une scène nocturne très intimiste, éclairée de façon un peu fantomatique par une torche, source d'un clair-obscur saisissant.

     Très tôt Huet réalise un premier dessin assez proche de son modèle. Il y apporte cependant des modifications qui renforcent l'ambiance nocturne, le ciel n'est plus visible, la lumière de la torche est plus diffuse... La scène devient plus mystérieuse, le voyage plus fébrile. L'arbre au centre prend la forme d'un palmier, situant l'anecdote dans un lieu exotique qui pourrait être le décor d'une "Fuite en Égypte"... Où la pastorale rejoint le grand genre !

     Le peintre reprend ce thème plusieurs fois, et le transpose en gravure pour figurer dans un recueil de ses compositions peintes ou dessinées. L'eau forte conservée au musée provient probablement  d'un exemplaire de ce recueil.

      Le conférencier nous explique les différences entre chaque version et chaque technique, comme vous pouvez en juger d'après les détails ci-dessous. La sanguine brûlée utilisée dans le dessin accentue le clair-obscur, donne une lumière plus  vaporeuse , un dessin plus flou, plus stylisé, qui intensifie le mystère de la scène. La gravure est plus nette, la lumière plus intense définit davantage les formes et les détails.

Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Détail. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt
Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Détail. Encre et lavis de sépia sur papier Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes © Bruno Jagerschmidt
Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Gravure, détail. Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes /Photo JH
Jean-Baptiste Huet, Paysans voyageant la nuit avec leurs troupeaux. Gravure, détail. Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes /Photo JH


La Fuite en Égypte, tradition picturale.

Benjamin Couilleaux termine sa conférence par une évocation du thème de la Fuite en Égypte  en peinture.

L'épisode est relaté dans l'évangile selon St. Matthieu [2, 13-14].

“Quand ils se furent retirés, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et dit : Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu'à ce que je te le dise ; car Hérode va chercher l'enfant pour le faire périr.”

Adam Elsheimer, La Fuite en Egypte, 1609, Huile sur cuivre, 31 × 41 cm / Alte Pinakothek, Munich
Adam Elsheimer, La Fuite en Egypte, 1609, Huile sur cuivre, 31 × 41 cm / Alte Pinakothek, Munich
Rembrandt Harmensz van Rijn,La Fuite en Egypte (1627)  Huile sur bois  H.26 cm H.24 cm / MBA Tours
Rembrandt Harmensz van Rijn,La Fuite en Egypte (1627) Huile sur bois H.26 cm H.24 cm / MBA Tours
Jacopo Bassano, La Fuite en Égypte, 1544, huile sur toile, 119 × 198 cm, Norton Simon Museum
Jacopo Bassano, La Fuite en Égypte, 1544, huile sur toile, 119 × 198 cm, Norton Simon Museum
Le Tintoret, La Fuite en Égypte, 1582-1585, toile, 422 × 580 cm / Scuola Grande de San Rocco,
Le Tintoret, La Fuite en Égypte, 1582-1585, toile, 422 × 580 cm / Scuola Grande de San Rocco,

Pour illustrer le thème, le conférencier présente quelques œuvres.

 

   Adam Elsheimer, peintre allemand (1578-1610) peignit un petit tableau en 1609 où il situe la Fuite de la Sainte Famille près d'un lac, à la lisière d'une forêt sombre. Plusieurs sources lumineuses sont présentes. Au premier plan, un feu brûle à gauche, au centre Joseph tient une torche à la main, à droite la lune se reflète dans l'eau. Dans le ciel, on voit la lune, la Voie lactée et la Grande Ourse.

C'est la première représentation d'un ciel nocturne dans l'art de la Renaissance. Le télescope vient d'être inventé et les observations de Galilée intéressent l'artiste.

 

    Rembrandt s'intéresse au thème de la Fuite en Égypte tout au long de sa carrière. En 1627 il représente la Sainte Famille fuyant dans la nuit noire. Une unique et mystérieuse source lumineuse éclaire le petit groupe en contre-plongée, créant un clair-obscur qui le met en valeur et accentue l'angoissante obscurité se refermant sur lui.  

 

   La Fuite en Égypte de   Jacoppo Bassano (1515-1592), au contraire, a lieu en plein jour. Le cadre campagnard est décrit avec force détails, les maisons du village, les lointains du paysage. Des paysans se livrent à diverses activités, semblant totalement indifférents au passage du groupe qui fuit en toute hâte.

 

Dans l'immense tableau du Tintoret (1519 -1594), la fuite se déroule aussi de jour mais Joseph et Marie semblent se mettre à l'abri des regards et contournent un village.  

Une douce lumière baigne un paysage poétique d'une grande profondeur. Au premier plan la Sainte Famille, mise en valeur par un éclairage plus direct, forme un groupe de voyageurs fatigués et très démunis,  leur bagage se compose d'un bâton de pèlerin, d'un simple baluchon et d'une gourde. Leur attitude reste pourtant bienveillante et paisible.

 

Résumé : JH.



Au Musée Cognacq-Jay, Paris

du 6 février 2016 au 5 juin 2016

Jean-Baptiste Huet (1745-1811),

Le plaisir de la nature

 

Exposition en hommage au talent de Jean-Baptiste Huet.

Auteur prolifique d’œuvres peintes, dessinées et gravées, c'est ici sa première grande exposition monographique. Plus de soixante-douze tableaux, des œuvres graphiques ainsi que des objets décoratifs (de sa main ou inspirés de ses meilleures inventions) sont à découvrir à travers un parcours qui s'articule autour de trois sections thématiques qui présentent la richesse de l’œuvre de cet artiste.


Lire aussi la critique de Gilles Kraemer :

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/02/de-la-fascinante-nature-selon-jean-baptiste-huet.html


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Commentaires : 1
  • #1

    Kraemer (mardi, 02 août 2016 07:00)

    Merci de m'avoir référencé


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