Œuvre du mois mai 2016 - Élisabeth de Hongrie  par Jules Aviat

Sainte Élisabeth de Hongrie soignant un blessé

Huile sur toile, 1879

1,93m x 1,2om (2,43 x 1,68 encadré)

Dépôt de l’État 1880, transfert de propriété à la ville d'Abbeville en 2004. Photo Musée Boucher-de-Perthes

 

L'accrochage du mois de mai mettait en lumière une œuvre de

 

Jules Aviat

 

Sainte Élisabeth de Hongrie

soignant un blessé.

 

    Le vendredi 13 mai 2016 à 18h,  la conférence a été assurée par Agathe Jagerschmidt, conservateur et directrice du musée Boucher-de-Perthes.

      Ce fut l'occasion de présenter l'artiste et son œuvre.

 

      Des explications apportées sur le très mauvais état de cet objet justifient la nécessité de sa restauration.

La restauration de ce tableau est l'un des premiers projets de la

Fondation Abbeville Patrimoine,

voir la plaquette.


     Un livret d'accompagnement à la visite et un livret jeune public étaient disponibles durant toute la durée de l'accrochage.

Livret téléchargeable ici.

 

Quelques photos de la soirée

Agathe Jagerschmidt présente l'objet du mois / Photo JH
Agathe Jagerschmidt, conservateur du patrimoine et directrice du musée, présente l'objet du mois / Photo JH

Photos : Y. François, J. Henocq et blog http://jules-aviat.tumblr.com/. Texte : J. Henocq.

Vue partielle du public / Ph YF
Vue partielle du public / Ph YF
Fin de séance, annonce la prochaine conférence : le beffroi,  10 juin / Ph. YF
Fin de séance, annonce la prochaine conférence : le beffroi, 10 juin / Ph. YF


Résumé de la conférence

 

1 / Le Sujet

Élisabeth de Hongrie

1207-1231

 

      Fille du roi de Hongrie, Élisabeth naquit à Presbourg en 1207. À quatre ans, elle fut envoyée en Thuringe pour épouser Louis, futur duc de Thuringe, âgé alors de onze ans. Le mariage eut lieu en 1220 quand Louis monta sur le trône à l’âge de 16 ans, Élisabeth en avait 13.

        Dès l'enfance Élisabeth se montra pieuse, ennemie des plaisirs frivoles et compatissante envers les pauvres. 

 

Duchesse de Thuringe

 

    Élisabeth distribuait ses biens aux pauvres et aux nécessiteux, assistait les femmes en couches et les lépreux, visitait les prisonniers.

   En 1227, Louis mourut en partant en croisade. Ses deux frères chassèrent sa veuve et ses quatre enfants pour s'emparer du pouvoir. Elle dut se réfugier en Hongrie jusqu'au retour des restes de son mari qu'elle voulut faire ensevelir en Thuringe. Elle rentra alors dans ses droits.

Aviat Jules, sainte Elisabeth, détail /Photo JH
Aviat Jules, sainte Elisabeth, détail /Photo JH
Aviat Jules, Sainte Elisabeth, détail : soins aux malades / Photo Yvan François
Aviat Jules, Sainte Elisabeth, détail : soins aux malades / Photo Yvan François

Sainte Elisabeth, reine de Hongrie Credit:  Photo (C) RMN-Grand Palais (MuCEM) / Thierry Le Mage
Sainte Elisabeth, reine de Hongrie Credit: Photo (C) RMN-Grand Palais (MuCEM) / Thierry Le Mage
Claudius Lavergne (1818-1887), Sainte Elisabeth, dit Le Miracle des Roses, 1845,  Huile sur toile, 174 x 108 cm  / Crédits : Musée des Beaux-Arts, Lyon
Claudius Lavergne (1818-1887), Sainte Elisabeth, dit Le Miracle des Roses, 1845, Huile sur toile, 174 x 108 cm / Crédits : Musée des Beaux-Arts, Lyon

Sainte Élisabeth

Ses miracles et leur représentation

 

   Une fois son fils établi duc, Élisabeth se retira dans un monastère de clarisses à Marbourg. Elle continua ses soins aux malades, et se montra d'un ascétisme et d'une humilité exceptionnels. Plusieurs miracles lui sont attribués, guérison de sourds, de muets, d'aveugles, de lépreux et conversions. Elle mourut en 1231 et fut reconnue comme sainte par le pape Grégoire IX, son protecteur et ami.

 

    Elle était très populaire au XIXème siècle comme en témoignent l'imagerie d’Épinal (photo ci-contre) et la publication d'une biographie en 1836  : Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (1207-1231) par Charles de Montalembert.

 

    Plusieurs peintres s'intéressèrent au personnage. L'un des miracles les plus représentés est celui "des roses".  Ci-contre, Claudius Lavergne privilégie cet épisode où Élisabeth est surprise par son mari alors qu'elle porte des provisions aux pauvres. Il lui demande ce qu'elle cache sous son manteau et ne peut croire à sa réponse : des roses, en plein hiver ! Pourtant, lorsqu'elle ouvre son vêtement, le duc découvre avec stupeur une gerbe de fleurs.

 

    La scène composée par Jules Aviat est plus crédible, elle représente de façon plus générale et symbolique l'engagement d’Élisabeth auprès des pauvres et des malades.

Le miracle des roses, Vitrail sud de l'Eglise Sainte Elisabeth de Hongrie, Paris 3e.
Le miracle des roses, Vitrail sud de l'Eglise Sainte Elisabeth de Hongrie, Paris 3e.


2 / L'artiste

Jules Aviat à la palette / Photo via http://jules-aviat.tumblr.com/
Jules Aviat à la palette / Photo via http://jules-aviat.tumblr.com/
Photographie de l'abside du Panthéon dédicacée  par  Ernest Hébert “à Jules Aviat  souvenir  de son maître et ami”
Photographie de l'abside du Panthéon dédicacée par Ernest Hébert “à Jules Aviat souvenir de son maître et ami”
Le martyre de saint Denis, par Bonnat, fresque du Panthéon, Paris
Le martyre de saint Denis, par Bonnat, fresque du Panthéon, Paris
Jules Aviat, Portrait de Mme Berthe Bousquet / Troyes, MBA / via le blog jules-aviat
Jules Aviat, Portrait de Mme Berthe Bousquet / Troyes, MBA / via le blog jules-aviat

 Jules Aviat.

"Peintre de genre et de portraits" (1844-1931)

 

    Pour la connaissance du peintre et de son œuvre, Mme Jagerschmidt  recommande le  blog réalisé par Alain Serratrice, l'un des arrières petits-fils de l'artiste :

http://jules-aviat.tumblr.com/

 

   Jules Charles Mauperrin, naquit le 26 juin 1844 à Brienne-le-Château (Aube).

    Après le décès de son père en 1854, sa mère se remaria avec Pierre Antoine Aviat.

   Le frère de son beau-père, Auguste Louis Aviat, 1819-1876, était peintre paysagiste, dessinateur et photographe, c'est peut-être ce qui orienta Jules vers la carrière de peintre sous le nom de son beau père.

 

       Aviat étudia à Rome de 1867 à 1870, il y rencontra Ernest Hébert. A Paris, il passa par les ateliers de Carolus Duran et du portraitiste Léon Bonnat. Il collabora avec ce dernier à la fresque du Martyre de Saint Denis au Panthéon et avec Ernest Hébert à celle de l'abside.

       Il exposa régulièrement au Salon des artistes français et présenta des œuvres aux expositions universelles de 1900 et 1910.

     Jules Aviat peignit énormément de tableaux, des paysages, des natures mortes et surtout des portraits. C'était un choix correspondant à son goût personnel et à sa formation mais aussi, cette activité étant lucrative, pour avoir les moyens de consacrer du temps aux œuvres plus ambitieuses qu'il proposa chaque année aux Salons de 1876 et 1924.

     C'est le cas de notre tableau Sainte Élisabeth soignant un blessé, exposé au Salon des artistes français de 1879. Il y reçut une mention honorable et fut acquis par l’État.

 

     Jules Aviat voyagea beaucoup, notamment aux États-Unis où il travailla comme portraitiste pendant près de 3 ans.

 

     A la fin de sa vie, retiré à Périgueux, il continua à peindre des portraits et des paysages.

    Il mourut en 1931 à 86 ans et est inhumé au cimetière nord de la ville.

 

    Vous verrez sur le blog http://jules-aviat.tumblr.com/ et  sur cet album Picasa un très grand nombre de ses œuvres.

Aviat Jules, Rives de la Laita au Pouldu /Coll. particilière via blog jules-aviat
Aviat Jules, Rives de la Laita au Pouldu /Coll. particilière via blog jules-aviat


 

3 / Le tableau d'Abbeville

   Plusieurs dessins préparatoires aux grandes compositions d'histoire de Jules Aviat ont été conservés, montrant la longue maturation de ses projets. Pendant le mois de mai, le Musée d'Abbeville présentait deux feuilles d'esquisses correspondant à Sainte Élisabeth soignant un blessé offertes par Mme Huber*. 

   Elles permettent de voir, avec d'autres issues du site http://jules-aviat.tumblr.com/, différents états de la conception de l’œuvre. Jules Aviat a longuement hésité sur la composition et le nombre de personnages.

 

   * En 1875, Jules Aviat avait épousé Marguerite Françoise Flora Munoz dont il eut cinq enfants. C'est l'une de ses descendantes, Madame Huber, qui donna gracieusement au musée d’Abbeville en 2013 un ensemble de dessins préparatoires au tableau.


     Ce tableau apprécié du jury du salon a été diffusé auprès du public par des gravures et des photos.

    Le Musée Boucher-de-Perthes détient une gravure du demi-frère de l'artiste, l'aquafortiste Albert Aviat, ainsi qu'une phototypie de Godet diffusée par la maison d'édition Goupil spécialisée dans la reproduction de photographies d’œuvres d'art.

 

       Grâce à la matérialisation des médianes et diagonales par des droites colorées, Agathe Jagerschmidt met en évidence le parfait équilibre de la composition définitive : la sainte occupe la partie gauche et son visage domine dans le quart en haut alors que le blessé occupe le quart en bas à droite. Les jeux de lumière et le contraste entre teintes claires et teintes sombres mettent en valeur ces deux personnages. Deux serviteurs occupent dans l'ombre les autres quarts du tableau.

 

     Le décor exprime très sobrement un cadre palatial, les magnifiques vêtements de la sainte indiquent sa noblesse et son importance sociale.  La civière couverte de paille et la peau de mouton qui couvre le malade évoquent par contraste la condition paysanne et la pauvreté du blessé.

 

     Les vêtements et les accessoires situent la scène à l'époque médiévale. Dans ce tableau Aviat fait référence à la veine de la "peinture troubadour" qui connut le succès dans la première moitié du siècle au moment même où certains de ses contemporains se tournaient vers des modes picturaux radicalement nouveaux. (Impression, soleil levant a été exposé en 1873)

 

     Les attitudes marquent aussi la différence de condition entre les protagonistes. La sainte se tient très droite, calme et concentrée, presque hiératique. Il n'est pas naturel de prodiguer des soins les bras tendus sans se pencher sur sa tâche, son geste élégant ressemble plutôt à une imposition rituelle des mains pour bénir et apaiser. Élisabeth domine le corps du jeune malade au contraire tout en angles, tassé et raccourci par la perspective, soumis à son sort sans pouvoir réagir.

    La composition et la technique picturale de cette œuvre sont de belle qualité et le tableau pourrait dignement figurer parmi les belles pièces du musée. Malheureusement son état d'encrassement et de dégradation le dessert et rend problématique son accrochage. 

     Vous pouvez voir sur les photos de détails l'ampleur du travail de restauration nécessaire pour lui rendre tout son attrait.  Les soulèvements de matière sont retenus par des bandes de papier japon très anciennes. Plus inquiétantes encore sont les craquelures blanches dues à l'utilisation d'une sous-couche de goudron, ce médium ne sèche pas au contraire de la couche picturale posée dessus qui se désagrège par plaque et "flotte" à la surface. 

     Le cadre en bois noir stuqué est d'origine. Il est disjoint, les moulures de stuc sont ébréchées. Son poids, les nombreux déménagements et les mauvaises conditions de conservation que le tableau a subis l'ont beaucoup endommagé.  Lui aussi a besoin d'importantes interventions. 

 

      C'est pourquoi la directrice du musée et le service du patrimoine de la ville ont décidé de lancer une campagne auprès de la Fondation Patrimoine pour réunir les fonds nécessaires à la remise en état  de notre tableau. 




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