Péronne, circuit du souvenir, 10/10/2016

Compte rendu J. Henocq, Photos Y. François et J. H. sauf mention contraire.

 

En cette année de commémoration du centenaire de la

Bataille de la Somme,

nous avons décidé de consacrer

notre journée culturelle de l'automne 2016

 

à l'Historial de Péronne et

au Circuit du souvenir.

 

"Parmi les plus terribles moments de la Première Guerre mondiale figure la bataille de la Somme, aussi tragique que la bataille de Verdun : de juillet à novembre 1916, elle fit, toutes nationalités confondues, plus d’un million de morts, de blessés et de disparus."

 (chronologie sur le site de l'Historial)

 

Ce programme a intéressé de nombreux adhérents

et il semble que la journée ait été tout à fait conforme à leur attente.


Vues extérieures de

l'Historial de Péronne

ci-dessous

Château de Péronne édifié par Philippe Auguste, 1205
Château de Péronne édifié par Philippe Auguste, 1205
Devant le rempart du XIIIe s. les douves sont toujours visibles
Devant le rempart du XIIIe s. les douves sont toujours visibles
Dans la cour, entre anciens remparts et musée moderne, le tank Min p'tit Quinquin
Dans la cour, entre anciens remparts et musée moderne, le tank Min p'tit Quinquin
Un "poilu" dans son uniforme bleu horizon monte la garde au pied de l'escalier d'accès au musée
Un "poilu" dans son uniforme bleu horizon monte la garde au pied de l'escalier d'accès au musée

 

Déclenchement du conflit en 1914 :

 

28 juin : L'Archiduc héritier de l'empire austro-hongrois est assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe.

28 juillet : L'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie

31 juillet : Jean Jaurès est assassiné à Paris

1er août : Mobilisation générale décrétée en France et en Allemagne.

3 août : L'Allemagne déclare la guerre à la France

4 août : Le Royaume Uni déclare la guerre à l'Allemagne

2 septembre : Les Allemands atteignent Senlis. Le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux.

 

 

 

L'Historial de Péronne,

 

      Dans le château médiéval du XIIIe siècle très abimé pendant la Première Guerre Mondiale, un bâtiment de béton blanc abrite l'Historial, premier musée français consacré entièrement à la Première Guerre mondiale traitée sous l’angle international.

 

      Le parti-pris de la présentation des collections est d'évoquer de façon impartiale, à travers des "objets", les mentalités et les attitudes des populations des trois principaux pays impliqués dans le conflit : Allemagne, Royaume Uni et France.

       Des milliers d'objets et de documents originaux de toutes sortes ont été rassemblés pour témoigner de la "culture de guerre". La muséographie permet de visualiser simultanément des pièces comparables   provenant des trois empires belligérants. Cela met en évidence les points communs entre tous les acteurs sociaux de la tragique période 1914/1918, militaires ou civils, au front ou à l'arrière.

      


 

Salle 1 / Avant 1914

 

         La salle présente la situation de l'Europe avant 1914, les nations qui vont s'affronter et les causes qui conduiront  irrémédiablement à la déclaration de guerre du 3 août 1914.

 

     Le long des murs, des vitrines exposent sur 3 niveaux les correspondances par thème pour chaque pays, de haut en bas : Allemagne, France, Grande-Bretagne.

      Vous apercevez sur les photos ci-dessous cette disposition très éclairante pour confronter les mentalités et les attitudes des peuples juste avant la guerre.

     Des uniformes, des documents officiels, des journaux... mais aussi beaucoup d'objets de la vie quotidienne, comme des assiettes ou des jouets, révèlent que dans les trois pays on se préparait à une guerre qui paraissait inévitable. Des affiches nous montrent par exemple comment la publicité s'empare  de symboles guerriers et patriotiques pour influencer la clientèle, telle marque de vélo vante son matériel sur fond de régiment français, telle lessive revendique de mieux faire ressortir les couleurs du drapeau...

 

      Au centre de la salle, des cartes et de nombreux panneaux expliquent la montée des tensions qui agitent la politique européenne en 1914.

- Problème des frontières, redéfinies à la suite de la guerre de 1870-1871 entre la France et l'Allemagne. La France voulait récupérer deux provinces, l'Alsace et la Lorraine, qu'elle avait dû céder à l'Allemagne.

- Problème des empires coloniaux, grands sujets de discorde entre les pays européens. La France pour sa part a de nombreuses possessions en Afrique : Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal et en Asie : Cochinchine (actuel sud du Viêtnam), Tonkin, Cambodge.

- Les alliances politiques. Les alliés de la France sont la Grande-Bretagne et la Russie, ils forment la Triple Entente. Les alliés de l'Allemagne sont l'Autriche-Hongrie et l'Italie regroupés dans la Triple Alliance.

- La situation dans la région des Balkans. Colonies ottomanes jusqu'au XIXe siècle, les pays de la péninsule  balkanique veulent prendre leur indépendance mais sont convoités par leurs voisins européens... (Pour comprendre, lire l'article sur le site herodote.net).

     Après l'assassinat à Sarajevo, le 28 juin 1914, du l'archiduc-héritier d'Autriche l'engrenage des alliances, provoque l'embrasement de presque toute l'Europe.

 

     Des bornes vidéos présentent de courts films d'archives en noir et blanc qui illustrent toutes ces informations.

 

 

 

NB : pour agrandir les diaporamas, cliquez sur la croix au centre.



 

      Remarquez l'évolution de l'uniforme français : en 1914, le pantalon est rouge "garance". Porté depuis 1829 par le fantassin français, il est repérable de loin. L'uniforme allemand, "feldgrau", permet par contre de mieux se fondre dans le paysage.
Au début de la guerre les nouvelles armes causent des massacres dans les rangs de l'armée française si mal équipée.

En 1915, l'uniforme est passé au "bleu horizon" et le képi réglementaire est remplacé par un casque.

 

Salle 2 :  1914-1916

 

 De l'entrée en guerre à la bataille de la Somme (1914-1916).

 

    En périphérie, sur les murs et dans les vitrines, s'alignent sur trois niveaux les objets concernant le monde de l'arrière : mobilisation, exode, occupation ennemie, mort, deuil...
   

     Au centre des salles, le monde  du front.  Nous le découvrons par une présentation frappante. Des fosses, découpées dans le plancher, symbolisent les tranchées dans lesquelles se terraient les combattants entre deux assauts. Les uniformes s'y alignent avec raideur, posés à même le sol. A côté, l'équipement règlementaire et des objets personnels  (photos, carnets de notes...), mais aussi des créations de "l'artisanat de tranchées", instruments de musique ou éléments décoratifs fabriqués à partir de pièces d'armement témoignent de la vie des soldats.

 

       Le fond des fosses en marbre blanc renvoie aux cimetières militaires qui jalonnent en grand nombre les abords des champs de bataille.

 



 

Salle 3 : 1916 - 1918

 De la bataille de la Somme à l'armistice (1916-1918).

 

       Le même dispositif scénographique illustre le passage à la guerre totale et à la mobilisation psychologique et économique des nations engagées dans le conflit.

 

     Dans les vitrines murales, documents et objets révèlent l'implication des populations civiles au service de l'effort de guerre : mobilisation de l'opinion, rôle déterminant joué par les femmes dans la société en guerre, privation de nourriture et rationnement.

     Les enfants doivent aussi participer. Jeux et jouets leur rappellent qu'on se bat pour leur avenir et qu'ils doivent se préparer à prendre la relève. L'enfance sert par ailleurs de support à toutes sortes d'opérations patriotiques : emprunts de guerre, recrutement...

    Le thème de la récupération des provinces perdues apparaît comme un des arguments préférés de la propagande anti-allemande.

 

     En 1917, la guerre connaît un tournant décisif. Les États-Unis entrent en guerre contre l'Allemagne le 28 juin 1917. Par contre, après la Révolution d'octobre, les Russes cessent les combats contre les Allemands fin 1917 - début 1918 (traité de Brest-Litovsk, mars 1918).


      Le 11 novembre 1918, après 4 ans, 3 mois et 9 jours de guerre, l’armistice est signé à Rethondes. Il marque la fin des combats, la victoire des Alliés et la défaite totale de l'Allemagne.

       Mais ce n'est que le 28 juin 1919, à Versailles, que le traité de paix de Versailles met réellement fin à la guerre.

 

     Au centre, les fosses montrent ce qui se passe sur le front :

 

- la guerre technologique, armes nouvelles, tank, mitrailleuse synchronisée (sur les aéroplanes), mine flottante, nouveaux casques...

-    intervention de l'aviation

-    guerre maritime

-  moyens de communication et d'observation avec de nouvelles inventions : téléphonie sans fil, appareil photo automatique...
-    mais aussi la souffrance des combattants sur le front, le traitement des blessés avec des améliorations telles que radiographie, chirurgie faciale, orthopédie, transfusion sanguine...

-    l' entrée en guerre des Américains.

 

 



 

Salle 4 : Après-guerre

 

      Dans la salle, objets et documents illustrent le retour à la paix avec la liquidation du conflit et les traités.

 

      La paix n'efface pas les traces nombreuses des massacres et des destructions subis par les populations, les blessures restent durablement dans les paysages comme dans les corps et les mémoires. Les érections de monuments aux morts et les commémorations se multiplient.

      Un "tourisme de guerre" apparaît, avant même la fin du conflit, suscité par  le besoin de voir et de se souvenir.

 

        Le sol de la Somme recèle encore d'innombrables vestiges. Chaque année 50 tonnes d'obus sont récupérés par les services de déminage...

 

     Yves Gibeau (1916- 1994), écrivain anti-militariste, a consacré plusieurs années à collecter des objets sur le Chemin des Dames. Ses collections, rassemblées dans le grenier de sa maison de Roucy (Aisne) ont été offertes à l'Historial.



Salle Otto Dix

Regard d'un artiste engagé sur la Grande Guerre

 

         Contre les murs de la salle, une des rares collections complètes des eaux fortes d'Otto Dix ayant échappé aux autodafés nazis.

 

       En 1914, Otto Dix (1891-1969), élève à l'école des Arts  décoratifs de Dresde est mobilisé. Il combat comme artilleur et dessine les horreurs qu'il vit au quotidien.

     En 1924, il publie une série de 50 eaux-fortes, "Der Krieg" (la guerre). C’est l’un des témoignages artistiques les plus complets sur l’expérience combattante.

      La violence de la guerre et l'attitude bestiale des combattants sont dénoncées sans concession. L'accent porte principalement sur les blessures et la mort, les rares vivants semblent des êtres démoniaques, avilis, des brutes sadiques. Le dessin rugueux et charbonneux, les traits rageurs soulignés par l'encre noire, participent avec force au rendu de la monstrueuse violence qui s'est exercée pendant quatre ans sur l'Europe et qui a provoqué des attitudes inhumaines parmi les combattants, à la fois victimes et bourreaux.

 

 

      En entrant dans cette salle, le regard est d'abord attiré par les quatorze hautes stèles réparties régulièrement sur trois côtés. Y figurent des portraits sérigraphiés sur des surfaces métalliques et lisses. Ils représentent les individus pris dans la tourmente.

Présentation de la salle sur le site du CRDP.



Circuit du souvenir

 

         L'après-midi a été consacré à la visite guidée de quelques uns des champs de bataille et sites mémoriaux du circuit du souvenir. Nous avons fait trois arrêts pour visiter trois des sites de mémoire :

Chapelle du souvenir français

 

     Rancourt regroupe sur son territoire 3 cimetières militaires : français, britannique et allemand.     

      C’est le haut-lieu du souvenir de la participation française à la bataille de la Somme.

 

       Le cimetière de Rancourt est la plus grande nécropole française de la Somme, 8 566 soldats y sont enterrés. Pendant les 3 derniers mois de la Bataille de la Somme (de septembre à novembre 1916), des troupes françaises furent engagées dans des combats d'une extrême violence à Bouchavesnes et Sailly-Saillisel. 

   

       La Chapelle du Souvenir Français, en pierre de taille, a été érigée par la famille du Bos, originaire de la région, pour honorer la mémoire de son fils et de ses camarades de combat tués le 25 septembre 1916.

 

      Chaque année, le deuxième dimanche de septembre, une cérémonie commémorative est organisée à la chapelle de Rancourt par le Souvenir Français, association qui gère et anime le site.

 

 



 Mémorial de Thiepval

 

         Thiepval a été l’un des principaux théâtres de la Bataille de la Somme. Un mémorial y a été édifié. Chaque 1er juillet depuis l'inauguration en 1932, on y commémore le premier jour de la Bataille de la Somme, 1er juillet 1916, l'une des journées les plus meurtrières de l'histoire du premier conflit mondial.

         C'est le plus grand monument à la mémoire des soldats britanniques et sud-africains disparus pendant la bataille de la Somme, c'est même le plus imposant des mémoriaux britanniques au monde.

        Plus de 73 367 combattants britanniques et sud-africains, tombés entre juillet 1915 et mars 1918, n'ont pas de tombes connues. Leurs noms sont gravés sur des plaques de pierre blanche de Portland qui recouvrent les 16 piliers de l'arche, haute de 45 mètres. En tout, dans la Somme, les Britanniques ont subi 420 000 pertes (morts, blessés, disparus ou faits prisonniers).      

 

      Au centre de l'arche, la Pierre du Souvenir porte l'inscription tirée du livre de l'Ecclésiaste : « Leur Nom vivra à jamais » (Their Name Liveth for Evermore).

 

       Au-delà de l'arche se trouve un cimetière militaire pour des soldats identifiés. D'un côté 300 soldats français, de l'autre 300 soldats des forces du Commonwealth. Comme dans tous les cimetières militaires britanniques, les noms sont gravés sur des stèles identiques, aucune distinction n'est établie entre les morts, quels que soient leur grade, leur rang social, ou leur religion.

    Au fond du cimetière se dresse la Croix du Sacrifice, fixée sur une base octogonale. Elle porte sur sa flèche une épée de bronze.

  

     Edwin Lutyens, l' architecte britannique chargé de la réalisation du mémorial a créé de nombreux autres cimetières du Commonwealth, dont le Mémorial australien de Villers-Bretonneux.

 

       Le mémorial et le cimetière sont entretenus par la Commonwelath War Graves Commission.


      Depuis 2016, un musée complète l'information sur les batailles de la Somme, en particulier celle de 1916. L'exposition permanente réunit pièces de collections, objets archéologiques, outils multimédias et installations grandeur nature (réplique de l'avion de Charles Guynemer).

 

       La salle dédiée à la Bataille de la Somme s'ouvre sur la fresque du dessinateur Joe Sacco, 60 mètres de long. Le calvaire des soldats engagés sur le champ de bataille du 1er juillet 1916 y est détaillé  heure par heure.

     L’offensive a été lancée à 7h 20, 100 000 soldats britanniques inexpérimentés, chargés de 30 kg de paquetage, partirent à l’assaut.

       Au soir du 1er juillet, 60 000 Britanniques étaient hors de combat, 20 000 tués, 40 000 blessés ou prisonniers. C'est le jour le plus sanglant de l'histoire de l’armée britannique.

      La fresque est une version agrandie de la bande dessinée publiée sous forme d’un livre panorama se dépliant sur 7 mètres de long (La Grande Guerre, Éditions Futuropolis, avril 2014).

Voir l'interview de l'auteur dans le Monde du 1er juillet 2014.

       Au centre de la salle, une fosse présente des objets de collections et des vestiges archéologiques de la guerre.


 

       Thiepval a été libéré le 27 Septembre 1916 par les Britanniques et la bataille de la Somme s'est terminée le 18 novembre de cette même année. Elle a permis aux Français de tenir à Verdun. L’armée allemande qui a dû livrer bataille en même temps à Verdun et dans la Somme est totalement exténuée.

        Thiepval est repris par la dernière offensive allemande en mars 1918 puis définitivement reconquis en août 1918 par les Britanniques.


Mémorial terre-neuvien

 

     Notre circuit se termine par le site de Beaumont-Hamel. Nous avons été accueillis par de jeunes Canadiens qui y accomplissent un service pendant plusieurs mois.

  C'est le plus imposant des cinq lieux de commémoration érigés en France et en Belgique en hommage aux exploits du 1er bataillon du Newfoundland Regiment. Terre-Neuve était alors un Dominion britannique et à ce titre, comme tous les autres pays de l’Empire, avait levé une armée de volontaires.

 

       Inauguré en 1925, le parc aménagé par l'architecte-paysagiste Rudolph Cochius s'étend sur plus de trente hectares, et présente les stigmates de la bataille de la Somme, traces du dédale des tranchées, sol grêlé de trous d’obus, petits cimetières et mémoriaux.

 

        Le plus spectaculaire monument du site est le Caribou en bronze, du sculpteur anglais Basil Gotto, emblème du Royal Newfoundland Regiment. Il domine le site à l'endroit d'où est parti l’assaut du 1er juillet 1916, un des plus meurtriers de la bataille de la Somme. La première ligne allemande passait au fond du parc.

 

Le site de Beaumont-Hamel fut désigné "Lieu historique national canadien" en 1997.

 



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Commentaires : 1
  • #1

    Nicole Petitpont (samedi, 19 novembre 2016 11:52)

    Félicitations pour le compte rendu : un gros travail très approfondi( texte et iconographie) !
    Joëlle, tu peux continuer!