Œuvre du mois - février - Voyages

10 février, 18h au musée

Beauvarlet, Jacques Firmin (1731 - 1797), La Sultane, d'après Carle Van Loo  Gravure en taille douce.  Musée Boucher-de-Perthes, Abbeville
Beauvarlet, Jacques Firmin (1731 - 1797), La Sultane, d'après Carle Van Loo Gravure en taille douce. Musée Boucher-de-Perthes, Abbeville

 

Conférence "Objet du mois"

 

L'invitation au voyage,

du chant à la peinture,

 

     Œuvre du mois musicale avec le Conservatoire à Rayonnement Intercommunal de la baie de Somme*

 

Œuvres musicales présentées par

  Angéline Le Ray, soprano, professeur de chant,

et interprétées par

Anne-Lise Gillet au piano et les élèves du conservatoire.

 

Un livret de présentation de l’œuvre et un livret jeu pour les enfants sont mis à disposition du public durant toute la durée de l'accrochage.


*Dans le cadre d'un cycle sur la musique et la danse, les trois premières conférences-œuvres du mois de l'année 2017 sont aussi des rendez-vous musicaux exceptionnels.


Salle comble le 10 février pour applaudir le choeur et les professeurs du conservatoire / Photo Facebook musée
Salle comble le 10 février pour applaudir le choeur et les professeurs du conservatoire / Photo Facebook musée
Objets évoquant le voyage en Orient / musée Boucher-de-Perthes d'Abbeville / Photo Yvan François
Objets évoquant le voyage en Orient / musée Boucher-de-Perthes d'Abbeville / Photo Yvan François

"Invitation ...

aux voyages"

 

         "Un voyage vers des horizons rêvés et parfois fantasmés, des montagnes suisses aux côtes d'Alger en passant par la Chine et même la lune !".

 

         Agathe Jagerschmidt, conservatrice du musée, et Angéline Le Ray, soprano, professeur de chant au CRI, nous ont conviés à une flânerie agréable et pleine de surprises, d'un objet à l'autre, d'un chant à l'autre, d'un voyage à l'autre. 

          S'inspirant de petits trésors souvent inconnus, sélectionnés dans les réserves du musée Boucher-de-Perthes, elles leur associèrent des pièces lyriques, d’Offenbach à Mozart en passant par Duparc et Rameau, pour le plus grand plaisir d'un public nombreux et chaleureux.

 

         Vous avez tout février pour découvrir dans l'accrochage du mois ces pièces exceptionnelles et très rarement, voire jamais, exposées.

 

Le choeur de l'orchestre de chambre du CRI /Photo Yvan François
Le choeur de l'orchestre de chambre du CRI /Photo Yvan François


Ci-dessus, légendes dans les marges :

" Phasium Lunae Icones, quos Anno salutis 1634. et 1635. pingebat, ac sculp. Aquis sextiis / Claud. Mellan Gall.(us) praesentibus ac flagitantib.(us) Illustrib.(us) Viris Gassendo et Peyreschio.".

"Cl. Mellan Gal. ping. et sculp. /phasis Aquis sextiis An. 1635. Octob. 7. a claro adhûc crepusculo in occasu(m) usqz."
Musée Boucher-de-Perthes, Abbeville

 

Première œuvre musicale :

  En correspondance avec les cartes de la lune, était programmé un extrait d'une pièce d'Offenbach,    « Le voyage dans la lune » - Opéra-féérie – Jacques OFFENBACH (1875) Chœur final de l’acte I - En route vers la lune - (Chœur de chambre et piano)

VOYAGE DANS LA LUNE

 

 

       Le dépaysement commence d'emblée par un voyage vers la lune. Mme Jagerschmidt propose une gravure de Claude Mellan, dont on ne connaît que trois tirages dans les collections publiques dont celle du musée Boucher-de-Perthes.

 

       Le XVIIe siècle est une période d'intense curiosité et de grands progrès pour l'astronomie. Claude Mellan s'intéresse au sujet à la demande de son mécène Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, conseiller au Parlement de Provence mais aussi scientifique, homme de lettres, astronome et collectionneur.

       Peiresc et Mellan passent plusieurs nuits d'automne 1636 avec Pierre Gassendi au sommet de la Sainte-Victoire à observer la lune à travers leurs lunettes astronomiques. Ils réalisent de nombreux dessins que Mellan grave en taille douce sur des plaques de cuivre. Le graveur utilise une manière très personnelle, abandonnant la taille croisée pour la taille unique, il n'utilise que des traits parallèles, incisés plus ou moins profondément pour donner l'impression du relief. Ses trois phases de la lune : lune croissant, décroissante et la pleine lune sont ainsi réalisées avec une approche aussi scientifique qu'artistique. "Avec sa parfaite maîtrise technique, il réussit à rendre parfaitement compte du relief, des ombres et des contours. Sa carte du premier quartier est particulièrement réussie. On y voit, avec un excellent contraste, cirques, cratères, montagnes et mers"*.

 

     On ignore pourquoi dans les légendes des cartes,  l'année de réalisation, 1636, ne correspond pas aux dates indiquées : 1634-1635, dates auxquelles l'artiste était à Rome.

Une légende précise : 7 octobre 1635. Cela est impossible puisque cette année-là, la lune, en octobre, ne fut à son premier quartier que le 19. De 1630 à 1637, il n'y a qu'une seule fois où une phase de la lune correspond à un 7 octobre : en 1636.

 

* Voir sur la recherche astronomique au XVIIe siècle, le très intéressant site peiresc.org.



Deuxième intermède musical :

    Louis BENEDICTUS (1889) « Les musiques bizarres » de l’Exposition Universelle de Paris : « Harou-Samé » (piano seul)

Louis Benedictus créa ce recueil inspiré par sa visite à la section japonaise de l'exposition universelle où il vit "une exposition très complète d’instruments de musique accompagnée de cahiers de musique japonaise et chinoise».

Berceuse japonaise de la région de Chugoku (soprano et piano), région de Honshu, la plus grande île du Japon.

VOYAGE EN ORIENT

 

         A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle les Expositions universelles ravivent l'intérêt des collectionneurs pour les des pays lointains, notamment le Japon comme en témoignent deux des pièces  exposées.

       Le petit gobelet en laque incrusté de nacre est un objet précieux. La laque est un matériau luxueux qui demande un travail très patient et minutieux. Il ne faut pas moins d'une vingtaine de couches, chacune soigneusement séchée et poncée pour obtenir une surface extrêmement brillante et résistante, épaisse d'environ 2 mm. La fabrication d'un tel objet peut demander 6 mois. Les incrustations de nacre augmentent encore la valeur de l’œuvre.

       Le personnage en ivoire est un okimono, exemplaire d' une production nippone assez répandue au début du XXe siècle, plutôt destinée à la clientèle européenne. Les okimonos ressemblent aux netsukés mais n'ont pas leur fonction utilitaire. "Ce sont des statuettes réalisées le plus souvent en ivoire, produites par les mêmes artisans japonais. Ils partagent des techniques décoratives et des thèmes identiques. Tous deux puisent au répertoire des déesses et des dieux nippons, du bestiaire animalier et des petits métiers japonais. Virtuosité, multiplicité des détails et humour président à leur exécution. Mais, alors que le netsuke est l’accessoire du vêtement traditionnel – il sert à fixer les menus objets du quotidien à la ceinture du kimono, privé de poches –, l’okimono n’a aucune fonction utilitaire. Il est conçu comme une simple statuette décorative" *.

*Voir La gazette Drouot.



Antoine-François Callet, La liseuse, huile sur toile, XVIIIe s., don Boucher de Perthes / Photo Musée d'Abbeville
Antoine-François Callet, La liseuse, huile sur toile, XVIIIe s., don Boucher de Perthes / Photo Musée d'Abbeville

VOYAGE INTERIEUR

 

      Le voyage intérieur est un très bon moyen d'évasion. Il peut être favorisé par la lecture.

      La liseuse du peintre Callet montre une femme aux yeux baissés sur un livre ouvert mais sa pensée semble vagabonder au-delà des lignes.

 

Un poème de Baudelaire intitulé " L'invitation au voyage" a été mis en musique par Duparc.

Mon enfant, ma soeur,

Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !...
[...]

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

 

      Pour illustrer la référence à la « splendeur orientale » évoquée par ces vers, vous pourrez voir une boîte de bois et d'ivoire décorée de scènes d'inspiration chinoise, issue de l'atelier d'un grand ébéniste et ciseleur : Sormani Veuve Paul et fils.

Troisième œuvre musicale :

Mélodie « L’invitation au voyage » d’Henri DUPARC (1870). Mise en musique du célèbre poème de Charles Baudelaire dont Duparc ne retient que deux strophes. La mélodie envoûtante parfaitement adaptée aux nuances de la poésie de Baudelaire.



Cinquième œuvre musicale :

 « Così fan tutte » - Opera buffa - W.A. Mozart (1790) Acte I - Trio Soave sia il vento (Fiordiligi, Dorabella et Don Alfonso)

    Don Alfonso annonce à deux jeunes femmes le prétendu départ de leurs fiancés pour la guerre. Les deux sœurs joignent leur voix à celle du vieil homme dans un miraculeux trio d’adieux, «Soave sia il vento».

"TURQUERIES ET PERSERIES"

 

        Dès le XVIIe et au XVIIIe siècle, le public apprécie les turqueries et "perseries". On en trouve dans la littérature et la peinture ainsi que dans le décor des demeures aristocratiques et bourgeoises.

      En exemple de cette mode, le musée d'Abbeville conserve un poignard à manche d'ivoire caractéristique de l'art persan, avec ses motifs incrustés figurant des animaux en course ou en lutte sur fond de rinceaux végétaux. La conférencière explique le contenu symbolique de cette arme appelée "kard", chaque lettre est chargée de rappeler une vertu à exercer par celui qui en est propriétaire. K : courage, A : justice, R : clairvoyance, D : empathie.

 

       Les Indes galantes (1735) de Jean-Philippe Rameau sont avant tout un pays fantasmé, plein de monstres que l'on se plaît alors à imaginer peuplant les terres et les mers lointaines. L'exemplaire de la "Cosmographie" de Sébastian Münster (1575) exposé ici nous donne à voir ces monstres inspirés de récits anciens. Malgré le sérieux réel des traités géographiques ou scientifiques de l'époque, ces représentations fantasmagoriques perdurèrent dans les représentations cartographiques. Depuis Charybde et Scylla, toutes les peurs des terres et mers inconnues avaient inspiré des légendes. Elles étaient pour les marins le moyen de vanter leur propre courage à affronter des périls terrifiants. C'était aussi moyen de dissuader les concurrents, au cas où ils pourraient avoir accès à ces cartes, de s'aventurer sur des routes maritimes commerciales lucratives.

 

Quatrième œuvre musicale :

« Les Indes galantes » - Opéra-ballet – Jean-Philippe RAMEAU (1735) Chœur final du Prologue - Traversez les plus vastes mers - (Chœur de chambre et piano). Rameau enveloppe de ses somptueuses couleurs et de ses rythmes savants les scènes de " turqueries" et de "perseries" dont on raffolait au XVIIIème siècle.

 

      L'éventail est connu depuis l'antiquité. Dans les pays orientaux, c'est un objet participant de la tradition et de l'art de vivre, autrefois autant utilisé par les hommes que par les femmes. Élément essentiel de certains rites et traditions : arts martiaux, danses. Dans la culture japonaise, c'est l'accessoire indispensable du nô, ce théâtre spécifiquement nippon.

      Un éventail du musée d'Abbeville est un exemple de l'engouement pour cet objet, introduit à la cour par Catherine de Médicis, et si toutes les femmes s'en parent, ce n'est pas que pour se rafraîchir. Il joue un grand rôle dans le badinage et au XIXe siècle il est même utilisé comme un langage codé selon qu'il est ouvert ou fermé, tenu à gauche ou à droite... Il apparaît dans les pièces de Molière, c'est le "paravent de la vertu" des Précieuses ridicules", comme dans les opéras de Mozart.

      Les éventails les plus précieux sont réalisés avec des matériaux luxueux tels la soie pour la feuille et le santal pour les baguettes. Ils reçoivent des  décors plus raffinés les uns que les autres, parfois peints par de grands artistes. Le décor de chinoiserie de celui-ci illustre la mode orientale du XVIIIe siècle. Il représente une femme, vêtue d'un costume d'inspiration asiatique, accompagnée par un serviteur et assise dans un jardin dont les fleurs en fins rinceaux évoquent le répertoire ornemental de la Chine.




VOYAGE ROMANTIQUE

 

      "Astrid Walford, peintre grenoblois représente ici le Cervin, montagne la plus connue de Suisse pour sa forme pyramidale, située sur la frontière avec l'Italie. 

[...]

      La composition choisie par Astrid Walford met au premier plan un chemin escarpé invitant le visiteur à emprunter le long voyage vers le sommet enneigé qui occupe le fond du tableau. Le vide qui se dessine à droite laisse place à une incertitude : au-delà des grands espaces qui s'offrent au spectateur, le voyage est-il sans danger ? "

 

Sixième œuvre musicale :

 « Winterreise » – Lied « Gute Nacht » - Franz Schubert (1827) (Baryton et piano)

  Winterreise (Voyage d'hiver en français) est un cycle de 24 lieder pour piano et voix, sur des poèmes de Wilhelm Müller. Le plus beau recueil de lieder du compositeur. 

Gute Nacht (Bonne nuit) donne la tonalité mineure du cycle. Il exprime le chagrin amoureux. On ressent le caractère sombre du musicien dans une composition justement fondée sur une rumination du souvenir, propre au romantisme.



Septième œuvre musicale :

« L’italiana in Algeri » - Dramma giocoso – Gioachino ROSSINI (1813) Chœur final de l’opéra - Buon viaggio, stian bene - (Chœur de chambre et piano). L'amant d'Isabella est prisonnier à Alger. A son tour capturée par les corsaires, elle organise une mascarade pendant laquelle les amants s’enfuient. Dans le final, tous les personnages réconciliés chantent le bonheur retrouvé : « Buon viaggio, stian bene » (Bon voyage, que tout aille bien)

 

 DERNIÈRE ETAPE

 

 

    Au XVIIIe siècle, l'Orient englobe tant l'Afrique du Nord que la Turquie. Objet de fantasme, il évoque sultans et harems, un univers mystérieux qui excite l'imagination. La marquise de Pompadour choisit ce thème pour le décor de sa chambre à la turque du château de Bellevue. Vers 1752, elle charge Carle Vanloo d'exécuter deux dessus-de-porte représentant des sultanes dans leur intérieur. L'un d'eux, ici gravé par Beauvarlet, représente "Une sultane buvant du café", servie par une servante noire.

L'original du tableau (en bas à gauche) est conservé au Musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg. On peut en voir une copie au Musée des arts décoratifs.

L'eau-forte ci-contre fait partie du fonds du musée Boucher-de-Perthes.

 

     L'accrochage du mois présente aussi une aquarelle de William Wyld (ci-dessous) représentant la côte d'Alger vers 1844. Malgré les reflets, on devine au loin le profil blanchâtre d'Alger. Mais le premier plan est occupé par une mer tumultueuse qui malmène un bateau à l'approche des falaises de la côte.

      William Wyld (1806-1889) est un peintre d'origine anglaise. Il se fit connaître du public français grâce à Horace Vernet et reçut même la Légion d'honneur en 1845 pour son influence sur l'évolution de l'aquarelle en France.




[JOCONDE !]
Le musée est fier de vous annoncer qu'une soixantaine de nouvelles notices d’œuvres ont été versées sur Joconde - portail des collections des musées de France. C'est un petit pas pour cette grande base de données nationale mais un grand pas pour le musée d'Abbeville !
Merci à Caroline pour ce beau travail.

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr


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