Heures Italiennes - Abbeville - Les vues d'optique

Agathe Jagerschmidt (à droite) présente les commissaires de l'exposition "Rêver d'Italie", Johanna Daniel (au centre) et  Christophe Brouard
Agathe Jagerschmidt (à droite) présente les commissaires de l'exposition "Rêver d'Italie", Johanna Daniel (au centre) et Christophe Brouard

             A l'occasion de l'exposition «Rêver d’Italie, voyager par l’image» les visiteurs du musée ont découvert une richesse insoupçonnée de ses collections : 340 vues d’optique, provenant toutes de la collection d’Alice Collier, bouquiniste abbevilloise qui légua de nombreuses estampes au musée dans les années 1960.

 

         Grâce à Johanna Daniel, historienne de l'art, spécialiste de l'estampe*, vous pouvez découvrir ce sujet et l'ensemble des vues concernant l'Italie sur un site très riche, spécialement conçu pour cette collection. Nous vous conseillons vivement de découvrir ce travail passionnant en suivant le lien ci-dessous :

http://pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/les-vues-doptique

 

      Mme Daniel nous a fait une double présentation de cet ensemble, une première fois lors d'une conférence dans laquelle elle nous a présenté les vues d'optique d'une manière générale, puis lors d'une visite guidée dans l'exposition où figurent toutes les vues concernant l'Italie.

    Les participants ont vivement apprécié l'enthousiasme de la conférencière qui sait transmettre son goût et ses connaissances sur le sujet avec conviction et humour.

     La conférencière a très généreusement communiqué aux Amis du musée la documentation réunie pour son intervention, la majorité des illustrations de ce texte lui sont dues.

 

* Johanna Daniel est historienne de l'art diplômée de l’École du Louvre et de l’École des Chartes, spécialiste de l'estampe et de la valorisation du patrimoine à l'aide des technologies numériques. Vous trouverez sur ses sites et blogs de très nombreux articles sur la gravure mais aussi sur les musées, les salons, les bibliothèques... de quoi satisfaire beaucoup d'amateurs d'art curieux.

http://peccadille.net/

 

Ci-contre un colporteur et sa "boîte magique" permettant de voir les vues d'optique en relief / Château de Versailles.

 

Télécharger le résumé de la conférence


J.F. Cazenave d’après Louis-Léopold Boilly, Portrait de Louise-Sébastienne Gély avec un enfant devant un optique,  1794, Amsterdam, Rijksmuseum
J.F. Cazenave d’après Louis-Léopold Boilly, Portrait de Louise-Sébastienne Gély avec un enfant devant un optique, 1794, Amsterdam, Rijksmuseum
La Place des Victoires à Paris / Musée Boucher-de-Perthes /Le titre supérieur a été grossi pour montrer l'inversion
La Place des Victoires à Paris / Musée Boucher-de-Perthes /Le titre supérieur a été grossi pour montrer l'inversion

 La collection de vues d'optique

du Musée d'Abbeville

 

http://pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/vues-optiques-abbeville

 

       La collection léguée par Alice Collier au musée d'Abbeville est l’une des plus importantes conservées par une institution française grâce à la diversité et la quantité de vues d’optique qu’elle renferme. C'est la deuxième répertoriée actuellement après celle de la Bibliothèque nationale, qui comporte un peu plus de sept cent pièces.

 

Qu'est-ce que les vues d'optique ?

 

http://pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/les-vues-doptique

 

       Les vues d’optique sont un genre d’estampes destinées à un très large public, elles apparaissent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

      Comme on le voit sur le tableau de Jean-Baptiste Oudry conservé au Château de Versailles, des montreurs d'images parcouraient les marchés et, pour une piécette, tout le monde pouvait y découvrir le monde.

       Au-dessous, une estampe de J.F. Cazenave montre que les vues d'optiques avaient également leur place dans les salons bourgeois. Ici une mère les utilise avec un zograscope pour instruire son enfant.

 

Reconnaître une vue d'optique

 

        Les vues d’optique, aussi appelées perspectives, sont reconnaissables à plusieurs caractéristiques visibles sur nos illustrations :

  • format horizontal standardisé : 20 à 28 cm de haut sur 35 à 45 cm de long.
  • qualité de gravure assez médiocre, qualifiée de semi-fine.
  • impression en noir, chaque exemplaire souvent colorié ensuite à la main avec plus ou moins de soin et peu de couleurs.
  • texte gravé, la "lettre", expliquant le sujet.
  • titre au-dessus de la vue est gravé à l'envers pour être visible dans le bon sens s'il est vu à travers la lentille.
  • adresse de l’éditeur mentionnée mais pas le nom du graveur.
  • sujet : des paysages à la perspective accentuée.

Sujets favoris des éditeurs d'estampes

  •  des scènes de la Bible comme sur cette vue de la ville de Babylone et de la tour de Babel, ci-contre ( Bnf Gallica ).
  • des sujets historiques comme la prise de la Bastille, du fonds du musée d'Abbeville (ci-dessous).
  • des illustrations de contes et histoires mythologiques
  • et bien sûr des vues plus ou moins réalistes et véridiques du vaste monde et de ses principales villes...


La place du Capitole à Rome vu à travers une des lentilles prêtées par les opticiens Krys au musée
La place du Capitole à Rome vu à travers une des lentilles prêtées par les opticiens Krys au musée

 

Les dispositifs optiques

 

http://pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/les-dispositifs

 

       La perspective est accentuée dans les vues d'optique car elles étaient destinées à être observées à travers des appareils optiques comportant une grosse lentille biconvexe qui renforce l’effet de profondeur.

       Mmes Jagerschmidt et Daniel ont voulu permettre aux Abbevillois d'expérimenter par eux-mêmes cet effet optique en plaçant dans l'exposition un authentique zograscope (photo ci-contre, collection particulière, prêt au musée pour l'exposition). Face à la lentille, vous voyez la gravure reproduite dans le miroir placé en biais à l'arrière.

      Elles ont de plus  obtenu un mécénat des opticiens Krys d'Abbeville et alentours pour recréer un dispositif de boîte "magique" : une énorme boîte percée sur une des faces pour placer une lentille et un compartiment où insérer les vues.

     L’effet de perspective obtenu est plus impressionnant encore, mais ce dispositif était plus encombrant et plus onéreux. On en trouvait de belles dans les salons des familles aisées. Ci-contre on voit sur une gravure coquine de la seconde moitié du XVIIIe siècle, une boîte d’optique ouvragée (Henriquez d’après François Eisen, L’optique des curieux, histoire naturelle, eau-forte, Amsterdam, Rijksmuseum).

      D'autres boîtes plus rustiques circulaient sur les marchés comme vous l'avez vu sur le  tableau de Jean-Baptiste Oudry.

 

     Dans certaines un système permettait de varier l’éclairage, simulant des vues diurnes et nocturnes. Cet artifice très apprécié nécessitait de découper la gravure et de coller à l'arrière des papiers colorés. C'est ce que nous montre Agathe Jagerschmidt en plaçant la gravure de l'évêché de Liège devant un spot (photo ci-dessous).

 

     On trouve parfois aussi des modifications pour rendre les vues plus rigides et solides : renfort de carton ou de papier usagé (par exemple papier journal au revers de la vue de Liège ci-dessous), encadrement noir cachant "la lettre" et les marges pour concentrer le regard sur la scène principale.

 

Bergmüller, La résidence du prince évêque de Liège, vue d’optique gravée à l’eau-forte et coloriée, éditée à Augsbourg après 1737. Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes : Recto découpé et verso renforcé, papiers colorés et titre collés au dos
Bergmüller, La résidence du prince évêque de Liège, vue d’optique gravée à l’eau-forte et coloriée, éditée à Augsbourg après 1737. Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes : Recto découpé et verso renforcé, papiers colorés et titre collés au dos


Rome


Venise


 

      Les dix-neuf autres vues d'Italie figurent quelques monuments des villes de Naples, Palerme, Parme, Pavie et Vérone.

     Vous pourrez encore toutes les voir exposées au musée jusque fin septembre 2017.

      Grâce au site de Johanna Daniel, elles sont accessibles à tous et pour longtemps à cette adresse : http://pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/items/browse?collection=1

 

Vues d'optique des villes italiennes / vue partielle de l'exposition au musée d'Abbeville, avril-septembre 2017 / photo Johanna Daniel
Vues d'optique des villes italiennes / vue partielle de l'exposition au musée d'Abbeville, avril-septembre 2017 / photo Johanna Daniel

 

L'Italie dans les vues d'optique

 

pecccadille.alwaysdata.net/abbeville/litalie-dans-les-vues-doptique

 

   Parmi les trois cent quarante vues d’optique rassemblées par Alice Collier, quatre-vingt-dix-neuf concernent l’Italie, soit près d’un tiers de la collection.

  •       Rome est la cité la plus représentée dans la collection (58 vues). Les ruines antiques, redécouvertes depuis le XVIe siècle, inspirent les artistes du XVIIIe siècle : le Panthéon ou le théâtre de Marcellus, fréquemment représentés sont assez reconnaissables. D’autres monuments sont plus fantaisistes car les graveurs ne disposaient que d'une documentation fournie par l’éditeur, principalement des gravures publiées par le Piranèse au milieu du XVIIIe siècle.

Voyez ci-contre un exemple de cette pratique : en haut la gravure originale du Piranèse représentant les ruines d'un temple dit de Jupiter tonnant. Au-dessous, la copie d’après Piranèse : Vue des ruines du Temple de Jupiter Tonnant, à Rome, vue d’optique gravée à l’eau-forte et coloriée à la main, Abbeville, Musée Boucher-de-Perthes. Vous notez que la vue d'optique est inversée par rapport à la gravure originale car cette dernière est copiée sur une plaque de cuivre telle que le graveur la voit, à l'impression le dessin s'inverse comme dans un miroir.

  • Venise (dix-huit vues) fascine l’Europe du XVIIIe par la magnificence de son urbanisme et le talent de ses artistes. Les vedute peintes par Caneletto sont très prisées. Les vues d’optiques reprennent les sujets les plus appréciés, ici à gauche la place Saint-Marc.

Copies, contrefaçons, rééditions... on peut trouver plusieurs variantes d’une même vue : inversions, différences dans les costumes ou la disposition des personnages... Pour limiter leurs frais, les éditeurs d'estampes achètent une partie du catalogue d'un autre éditeur ou font copier par leurs graveurs des vues d'optique imprimées chez leurs concurrents

Sur ces vues de la Place Saint-Marc, se révèle une de ces pratiques pas toujours honnêtes. Les copies (il y en a 4 différentes dans l'exposition) sont successivement inversées, une sur deux se retrouve alors dans le bon sens ! De plus en comparant ces deux copies vous constaterez que pour gagner du temps le deuxième graveur a éliminé quelques personnages présents sur la version précédente.

 

  • Florence (six vues) est également une source importante de vues copiées. La vue (ci-dessous) de l’Arno près du Pont Sainte-Trinité, gravée à l’eau-forte et coloriée, éditée par Lachaussée et Daumont, est copiée d'une eau-forte de 1754, conservée à la Morgan Library Anonyme, 92e vue perspective du Pont Sainte-Trinité. La copie est fidèle mais inversée : repérez par exemple le Ponte Vecchio à l'arrière plan, à droite sur la gravure mais à gauche sur la vue. Les couleurs ajoutées sur la vue sont joliment réparties et soigneusement posées.

Florence


Voici encore une très belle vue d'optique sur Venise, animée par Thomas Godefrin du site pouruneimage.fr. Il en a animé plusieurs, à voir dans l'article qu'il a consacré à l'exposition ici.


Alice Collier ne s'intéressait pas qu'à l'Italie. Son legs comporte 240 autres vues d’optique sur d'autres lieux.

 

      Johanna Daniel n'a pas pu cataloguer toutes les vues mais elle nous a présenté, lors de sa conférence, une sélection de vues remarquables par différentes caractéristiques.

 

  • La France est le second pays le plus représenté, avec quatre-vingt-seize vues. Johanna nous montre des vues de la Place des Victoires à différentes dates et nous fait remarquer les détails amusants qu'elles peuvent comporter, en particulier les affiches proposant (déjà !) des cours d'anglais ou des remèdes miracles...
  • L’Angleterre, l’Espagne et les Pays-Bas sont illustrés par une trentaine de vues chacun. Viennent ensuite l’Autriche et la Russie (dix-sept vues chaque), puis l’Allemagne (cinq vues).
  • Quelques vues d’optique figurant des contrées exotiques complètent ce tour du monde de papier : l’Asie (huit vues), la Syrie (trois vues) et l’Afrique (trois vues également). La conférencière choisit de nous montrer une vue complètement fantasmée de la cathédrale Sainte-Sophie et les ruines de Palmyre au moment où les Occidentaux les découvrent et comme on ne pourra désormais plus les voir...

Les vues d’optiques collectées par Alice Collier sont essentiellement de production parisienne. Toutes sont mises en couleurs, avec un soin varié. Si certaines sont dans un état de conservation remarquable, beaucoup portent la trace du temps : déchirures et tâches témoignent de l’usage qui était fait de ces estampes, fréquemment manipulées.

 

Johanna Daniel répertoriant les vues d'optique au Musée Boucher-de-Perthes / Photo facebook du musée
Johanna Daniel répertoriant les vues d'optique au Musée Boucher-de-Perthes / Photo facebook du musée


EXPLOREZ LES COLLECTIONS SUR LE MINI-SITE DE L’EXPO !

 

      Grâce au site spécialement conçu par Johanna Daniel pour l'exposition "Rêver d'Italie", vous pouvez visualiser et situer sur la carte d'Italie chaque vue d'optique faisant partie des collections du musée. Cliquez sur l'image pour accéder à cette application.

      Un clic sur la vignette vous amènera à la fiche de la vue qui vous intéresse (ex. ci-dessous gauche) et un deuxième vous permettra de voir la vue en plein écran.

       Miracle de la technique, vous pourrez, en cliquant sur la carte de géolocalisation, voir à quoi cette vue ressemble aujourd'hui ! (ci-dessous à droite, photo de l'intérieur de la Basilique Saint-Paul insérée en mai 2015)

 





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